Discret pour certains, impressionnant pour d’autres, ce navire n’était pas un bateau comme les autres : le bateau-usine était le symbole de la grande pêche et de l'aventure des Terre-Neuvas du port de Saint-Malo.
Construit en 1974 pour la Compagnie des Pêches, le Joseph Roty appartenait à ces navires conçus pour rester longtemps en mer, capables de pêcher, transformer et conditionner le poisson directement à bord. Il incarnait une vision moderne de valorisation de la pêche, caractéristique de la seconde moitié du XXᵉ siècle.
À son bord, des dizaines d’hommes travaillaient en continu : marins, mécaniciens, ouvriers du froid et de la transformation. Le poisson n’était plus seulement débarqué : il était découpé, étêté, éviscéré, fileté, congelé, stocké, prêt à rejoindre les circuits de distribution. Le Joseph Roty faisait ainsi partie d’une flotte de 4 navires qui a marqué durablement l’identité portuaire de Saint-Malo.
Son démantèlement marque la fin d’un cycle, non seulement technique, mais aussi humain pour les équipages et les ateliers qui ont travaillé avec ce bateau-usine pendant des années.
Une flotte de remplacement déjà en place
La Compagnie des Pêches s’est organisée pour assurer la continuité des opérations : 2 navires ont pris le relais du Joseph Roty et de la Grande Hermine. Ces solutions de remplacement combinent navires-usines modernes, bateaux de transformation récents et unités de soutien.
L’Emeraude et l'Annelies Ilena
Construit en 2018, l’Emeraude intègre des équipements mis à niveau et une flexibilité opérationnelle accrue. Il opère notamment en Atlantique Nord-Est, plus précisément en Mer de Norvège et au Svalbard. Il mesure un peu plus de 81m de long et 16m de large.
Depuis 2024, la Compagnie des Pêches a investi dans une unité de production de surimi à bord de l’Annelies Ilena.
Ce chalutier pélagique a été mis en service en 2000.
Cet investissement a pour objectif de pérenniser l’activité et le savoir-faire des marins de la compagnie, reconnus comme uniques en Europe.
Il permet également de garantir l’approvisionnement en surimi de merlan bleu du site de transformation de Saint-Malo, spécialisé dans la fabrication de bâtonnets de surimi.
Véritable navire-usine, l’Annelies Ilena mesure 145 mètres de long et 24 mètres de large.
Le Joseph Roty va définitivement quitter le port de Saint-Malo début 2026. Il laisse derrière lui une mémoire forte, faite de travail dur, de savoir-faire maritime et d’histoires humaines, indissociables de Saint-Malo.
Merci pour tous ces souvenirs !
NB : pour les passionnés de BD et d'histoire des Terre-Neuvas, à lire “Terre-Neuvas à Saint-Malo - L'épopée de la Grande Pêche”